Le Mariage pour tous
un site à plusieurs mains, homo et hétérosexuelles, pour lutter contre les peurs et les fantasmes sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe

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jeudi 31 janvier 2013

M. Rogemont (30 janvier)


M. Rogemont par lemariagepourtous

M. Marcel Rogemont.

Mesdames les ministres, chère Christiane, pourquoi nous écharpons-nous avec force sur la question du mariage ? Pourquoi un tel débat, alors que le mariage – j’y reviendrai – a perdu de sa superbe, et ne représente plus, dans la République, le même symbole ? La réponse à cette question interroge nécessairement le mariage, l’homosexualité, mais aussi la République.
 
Elle interroge le mariage, d’abord. En effet, certains voudraient que le mariage fût une sorte de cathédrale venue des siècles passés, et que notre seule tâche d’élus de la République serait de la restaurer sans cesse à l’identique. Comme si le mariage n’évoluait pas, comme si les formes d’unions n’évoluaient pas elles aussi. Aujourd’hui nous « faisons couple » et nous « faisons famille » de plus en plus souvent hors mariage.

M. Hervé Mariton. Et vous « faites discours » également ?

M. Marcel Rogemont.

C’est un constat, pas un jugement.
 
L’INSEE nous apprend qu’en 2000, sur 322 093 unions entre partenaires de sexe opposés, mariage et PACS réunis, 95 % étaient des mariages. En 2010 sur 448 069 unions, seuls 56 % sont des mariages. Nous « faisons couple » de plus en plus hors mariage.
 
De même, l’INSEE nous apprend que plus de 55 % des enfants naissent hors mariage. Dès lors nous « faisons famille » de plus en plus hors mariage.

M. Hervé Mariton. Et on « fait enfant », désormais ?

M. Marcel Rogemont.

M. le député Henri Guaino déclarait que le mariage n’était pas un droit mais une institution. Il n’était d’ailleurs pas le seul à le dire. Il a raison : c’est une institution ! Mais convenons que c’est une institution qui a perdu et perd encore aujourd’hui de sa force symbolique. Il est de moins en moins envisagé comme un rite social. Dès lors, pourquoi débattre d’un sujet qui perd de sa force symbolique ?
 
Pourquoi, également, faut-il faire comme si le débat sur le mariage pour tous était nouveau ? Nous avons l’air de le découvrir en 2013, comme s’il n’avait jamais franchi les portes de l’Assemblée nationale. Mais il y a 220 ans, la question du mariage pour tous se posait déjà. Qui peut ne pas se rappeler du citoyen Talma ? C’est en 1792, lors de la première République, qu’un acteur en vue, François-Joseph Talma, protesta auprès de l’Assemblée nationale contre le refus d’un prêtre de célébrer son mariage. À l’époque, en effet, ni les juifs, ni les protestants, ni les comédiens ne pouvaient se marier.
 
En ouvrant, selon les termes de l’époque, le mariage à tous, la première République enlevait au mariage son caractère sacré, et offrait à la nation un mariage laïc. Elle voulait affirmer l’égalité de chacun devant la loi et devant le mariage. Si aujourd’hui cette question nous occupe, ce n’est pas pour indiquer à la jeunesse le devoir de se marier ou pour restaurer une quelconque image que nous pourrions avoir du mariage. Cela tient simplement et encore au principe d’égalité devant la loi. Pourquoi des personnes seraient encore exclues du contrat de mariage ?
 
En cela, on retrouve la question de l’homosexualité. Pourquoi parle-t-on encore d’homosexualité pour justifier des inégalités, alors qu’en 1982, le quatre août – date symbolique –, la République l’a dépénalisée, faisant des homosexuels des citoyens comme les autres ? C’est pourquoi, dans ce débat, je ne veux pas être mis en situation de choisir entre être pour ou contre les homosexuels. Je ne veux pas que la loi soit pour les homosexuels, ou contre les homosexuels. Au nom de quoi une orientation sexuelle, que désormais notre République reconnaît comme toute autre, pourrait être la cible d’une discrimination ? Ce que je demande est simple : ni pour ni contre, je demande l’indifférence !

M. Thomas Thévenoud. Très bien !

M. Marcel Rogemont.

Je demande l’indifférence de la loi aux orientations sexuelles. Ainsi, l’orientation sexuelle retourne là où est sa place : dans le domaine privé, dans l’intime. Elle a sa place à côté de la liberté de conscience qui relève elle aussi du domaine privé. En cela, nous retrouvons la République.
 
Pourquoi voudriez-vous que l’accès au mariage soit régi par des considérations qui ne regardent pas la République, mais les préférences intimes de chacun ? La loi se doit d’être indifférente à l’orientation sexuelle. Nous retrouvons ainsi les valeurs de la République : la laïcité, l’universalité et l’égalité. En cela, cette loi marquera notre République. Notre débat sera rangé parmi les grands moments de cette République. C’est devant cette responsabilité, mes chers collègues, que chacun de nous se trouve. Ne ratons pas ce rendez-vous !
 
Nous serons avec vous, Christiane. (« Bravo » et applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

Ce site a été actif entre novembre 2012 et mai 2013, pendant les débats sur la loi concernant l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe.
 
Il est, et restera, à disposition de ceux qui le souhaitent pour garder en mémoire les peurs, contre-vérités et attaques de ceux qui y étaient opposés.

Deuxième édition pour Marions-les ! ,le livre gratuit à avoir toujours sur soi, pour ne plus se laisser impressionner par contre-vérités et approximations.


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