Le Mariage pour tous
un site à plusieurs mains, homo et hétérosexuelles, pour lutter contre les peurs et les fantasmes sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe

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jeudi 31 janvier 2013

E. Gueugneau (30 janvier)


E. Gueugneau par lemariagepourtous

Mme Edith Gueugneau.

Monsieur le président, mesdames les ministres, chers collègues, le projet de loi « Mariage pour tous » est un de ces textes qui franchissent un pas important dans l’histoire de notre société. Une belle avancée, qui reconnaît à un couple homosexuel les mêmes choix qu’un couple hétérosexuel pour formaliser sa vie de couple, et légitime sa volonté de faire famille. Je suis heureuse de défendre ce projet de loi.
 
Cette avancée nous place pleinement dans notre rôle de législateur, celui d’entendre et de comprendre les évolutions de notre société, mais aussi de garantir du « vivre ensemble ». Nous devrions tous être fiers d’être acteurs de cette évolution.
 
Pourtant, ce texte suscite de nombreux remous, des positions tranchées, des dérives également – ne le cachons pas –, des réactions dont la ferveur interroge. Ce projet de loi lèse-t-il une partie de nos concitoyens ? Son objectif premier en est le juste contraire : celui d’apporter des droits nouveaux aux couples homosexuels et à leur famille dans une perspective juste, la perspective de l’égalité des droits.
 
Où donc vivent les opposants à ce projet en dehors de cet hémicycle ? Comment ne pas avoir conscience de la réalité, de la diversité des couples et des familles qui nous entourent ? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir convié au sein de cette assemblée des enfants aujourd’hui jeunes adultes, ayant été élevés par des couples de même sexe, des parents homosexuels, venus témoigner de parcours qui ne peuvent laisser indifférents. Au vu de la véhémence qui subsiste dans les propos, j’en arrive à la conclusion que les opposants qui n’ont pas participé aux auditions de la commission des lois (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) n’ont même pas pris la peine de s’en informer, car ils risquaient peut-être d’être confrontés à ce qu’ils ne veulent pas voir.
 
L’idée est-elle si absurde, au-delà des dogmes,…

M. Hervé Mariton. C’est votre projet qui est dogmatique !

Mme Edith Gueugneau.

…de donner un visage à ces enfants, à ces parents, et d’écouter ce que les premiers concernés ont à nous dire ?
 
Parce que, non, les couples homosexuels n’ont pas attendu le mariage pour tous ni même le PACS pour exister. Non, les familles homoparentales n’ont pas attendu l’ouverture de l’adoption pour créer des foyers stables et aimants. Ces familles existent : plusieurs dizaines de milliers sont en effet confrontées aux mêmes questions du quotidien, ni plus ni moins aimantes, ni plus ni moins désireuses de réussir l’éducation de leurs enfants que les autres, à une différence près : l’absence de droits reconnus au père ou à la mère qui n’est ni le parent biologique ni le parent adoptant. Ce vide juridique place ces parents dans une situation d’angoisse, de détresse face à l’avenir, face aux accidents de la vie. Comment peut-on refuser la stabilité et la sérénité à ces couples et à ces familles ? Comment peut-on accepter le statu quo ?
 
Arrêtons l’hypocrisie. Nous savons parfaitement que la vertu première de ce projet de loi n’est autre que d’assurer la protection des familles homoparentales déjà existantes. Arrêtons l’hypocrisie ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Marcel Rogemont et M. Bernard Roman. Elle a raison !

Mme Edith Gueugneau.

Les enfants qui ne vont pas bien sont ceux qu’on maltraite, qu’on n’aime pas, qu’on violente. Non, le modèle traditionnel de la famille ne prémunit pas de tout cela. Non, avoir des parents hétérosexuels n’est pas le garant de l’épanouissement de l’enfant ni la barrière nécessaire aux accidents et aux détresses. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.) Qui peut vouloir d’une société faite de familles où peu importe le contenu pourvu qu’on ait un père et une mère ?

M. Hervé Mariton. Qui dit cela ?

Mme Edith Gueugneau.

Ce n’est pas l’esprit de ce projet de loi, qui, en assurant l’égalité des droits, se préoccupe, lui, des familles et des enfants.

M. Hervé Mariton. Non !

Mme Edith Gueugneau.

Qu’il est facile à agiter, le chiffon rouge du droit à l’enfant ! Combien de détracteurs de ce projet se sont cachés derrière, comme argument ultime, inattaquable, alors que la parole de ces enfants a été la grande absente de leurs arguments ?

M. Christian Jacob. M. Nicolin en a parlé, mais vous ne l’avez pas écouté !

Mme Edith Gueugneau.

Enfin, quelle crédibilité peut avoir la République lorsque la caisse d’allocations familiales et l’administration fiscale reconnaissent ces familles, lorsque des travailleurs sociaux permettent une seconde adoption après avoir instruit les procédures d’agrément pour une personne célibataire et constaté la réalité d’une famille homoparentale, lorsque des magistrats prononcent des délégations d’autorité parentale ? Combien de temps va durer cette hypocrisie ? (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) Les parlementaires seront-ils les derniers à prendre conscience de ces situations ?
 
Pour les couples homosexuels, la parentalité n’est jamais un accident, ni un coup de tête, elle est le fruit d’un projet de vie mûrement réfléchi, une simple question qu’une grande partie d’entre nous s’est posée à un moment de sa vie.
 
Pour toutes ces raisons, le projet de loi « Mariage pour tous » n’est en rien une révolution.

M. Hervé Mariton. C’est une régression !

Mme Edith Gueugneau.

Il est une évidence autant qu’une nécessité. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP.)

Ce site a été actif entre novembre 2012 et mai 2013, pendant les débats sur la loi concernant l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe.
 
Il est, et restera, à disposition de ceux qui le souhaitent pour garder en mémoire les peurs, contre-vérités et attaques de ceux qui y étaient opposés.

Deuxième édition pour Marions-les ! ,le livre gratuit à avoir toujours sur soi, pour ne plus se laisser impressionner par contre-vérités et approximations.


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